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La radicalisation en prison, présentée par Madame Pauline Charles

Le 13 février dernier, les étudiants du Master 2 de Criminologie ont pu rencontrer, à l’occasion d’un « café débat » organisé par l’association, Pauline Charles, directrice pénitentiaire d’insertion et de probation, également chargée de mission au CIPDR (Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, rattaché au ministère de l’intérieur). Cette spécialiste est venue présenter les différents plans de lutte contre la radicalisation en prison.

 

Contexte pénitentiaire de la radicalisation

Le contrôle judiciaire de la radicalisation en prison est confié exclusivement au CPIP (Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation) avec le suivi du pôle antiterroriste de Paris. Sur les 245 000 personnes placées sous main de justice en France (regroupant aussi bien les personnes détenues que celles suivies en milieu ouvert), 2 338 sont suivies au titre de la radicalisation violente. Fait exceptionnel, 20% de ces personnes sont des femmes, alors que celles-ci ne représentent que 5% de la population écrouée. Parmi les individus repérés comme étant en voie de radicalisation, une majorité est incarcérée pour des faits de droit commun. 500 personnes environ sont incarcérées pour des faits d’association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme. Le reste regroupe des individus suivis en milieu ouvert.
 

Définition de la radicalisation         
Basée sur le plan d’action de lutte contre le terrorisme réalisé par l’Union européenne en juin 2008, la radicalisation est définie par les services pénitentiaires comme « un processus d’identification personnelle ou collective à des idées politiques ou politico-religieuses extrêmes, pouvant mener à la volonté de transformer la société par la violence ». Il est à remarquer que le terme de « processus », impliquant un mouvement long et progressif, est préféré à celui de « basculement » souvent employé par les médias, qui, lui, sous-entend une chute soudaine. 

 

Les mesures prises   
Un premier plan de lutte anti-terroriste a été mis en place en avril 2014 (PLAT 1). Le second et actuel plan a été annoncé par le premier ministre en mai 2016 (PLAT 2). Les axes de travail sont centrés, entre autres, sur :      
1/ La rénovation de la sécurité pénitentiaire par la création d’une sous-direction de la sécurité pénitentiaire.
2/ L’accroissement des capacités de détection de la radicalisation violente par la contribution du renseignement pénitentiaire : des délégués locaux du renseignement se trouvent dans des cellules inter-régionales et font remonter les informations vers le bureau central.        
3/ La lutte contre la radicalisation violente par le renforcement de la prise en charge des personnes détenues radicalisées et la promotion d’une démarche pluridisciplinaire pendant et après la détention.  

 

Formation et spécialisation du personnel pénitentiaire      
Toute une kyrielle de nouveaux métiers dans tous les domaines ont été créés aux fins de prévention de de la radicalisation : psychologues, éducateurs spécialisés, analystes veilleurs, experts en investigation numérique, traducteurs… Ces différents spécialistes fonctionnent en tandem rattachés à un CPIP afin d’assurer une prise en charge pluridisciplinaire de l’individu radicalisé.
Par ailleurs, de nombreux moyens ont également été mis en œuvre en matière de formation : toutes les catégories de personnels bénéficient désormais d’un module spécifique sur le thème de la radicalisation, aussi bien en formation continue qu’en formation initiale.

 

La détection et l’évaluation des individus en voie de radicalisation         
Le but est à la fois d’évaluer le risque de passage à l’acte fondé sur un motif extrémiste violent mais également de chercher le niveau de radicalisation présenté par la personne. Parmi les critères pris en compte figurent : la situation pénale de la personne, ses données statiques (âge, sexe etc.) mais aussi dynamiques (situation professionnelle, familiale, au travail) qui pourraient favoriser sa désistance (que l’on pourrait définir comme la sortie de la délinquance). Sont également pris en compte son histoire personnelle et ses discours en prison.        
Cette évaluation est réalisée grâce à une grille de détection soumise au professionnel (notamment le CPIP). Différents niveaux de tri sont réalisés, ce qui permet d’orienter les individus présentant un risque vers un personnel adapté, en premier lieu au tandem de soutien rattaché au CPIP.

Il est à noter que depuis 2016, à côté de l’expertise professionnelle propre, l’administration s’appuie aussi sur l’outil d’évaluation semi actuariel canadien VERA 2 (Violent Extremist Risk Assessment), réactualisé et réévalué tous les six mois.
Dans tous les cas, il y a une réelle individualisation du suivi, il n’existe pas de programme type, tout est personnalisé en fonction de la personne et du stade où celle-ci se situe, susceptible d’évoluer de mois en mois.       
Enfin, le programme d’évaluation de la radicalisation ne se cantonne pas à un critère infractionnel : il ne vise pas uniquement les personnes condamnées pour des faits de terrorisme mais concerne tous les individus écroués.

 

Programmes de prévention et de prise en charge de la radicalisation       
Il existe deux types de programme :  
1/ Le programme de prévention primaire en dehors du milieu carcéral avec mise en place de modules scolaires centrés sur la laïcité/citoyenneté.  
2/ Le programme de prévention secondaire concerne 27 établissements carcéraux sensibles (ils passeront à 65 courant 2018). Dans le cadre de celui-ci, il est prévu que chaque détenu doit bénéficier d’au moins 20 séances. Chaque établissement est libre ensuite dans l’organisation du programme et celui-ci doit être adapté selon les besoins spécifiques locaux.          
Plusieurs objectifs sont visés : prévenir la récidive, désengager de la violence par une logique réintégrative au sein de la société, favoriser l’introspection et la réflexion chez les participants, se distancier par rapport aux opinions radicales ou encore permettre de construire un projet de vie et professionnel.    


La « déradicalisation », mot souvent employé par les médias, n’est jamais utilisé par les spécialistes car il sous-entend de changer le système de pensée de la personne, ce qui n’est ni possible ni souhaitable. Il s’agit en réalité d’une logique de « désengagement » : le but n’est pas de changer les idées mais de désengager l’individu de la violence grâce à une démarche introspective et réflexive.

 

Le dispositif RIVE en milieu ouvert
Le programme RIVE « Recherches et Intervention sur les Violences Extrémistes » est un programme mis en place en décembre 2016. Il concerne uniquement des individus majeurs placés sous main de justice poursuivis ou condamnés pour des faits en lien avec le terrorisme ou de droit commun mais avec une détection de radicalisation. La particularité de ce dispositif est qu’il se déroule en milieu ouvert contrairement aux autres programmes. Il s’agit d’un système de type mentorat, inspiré du Danemark, où l’individu mais également tout son entourage familial est suivi par une équipe pluridisciplinaire visant, une nouvelle fois, à le désengager de la violence. Il dispose d’une capacité de cinquante personnes, quinze en bénéficient actuellement.

 

Les perspectives futures       
Plusieurs axes sont encore à explorer, et parmi eux figurent notamment :
- l’implantation de la lutte contre la radicalisation dans les pratiques professionnelles ;
- la poursuite et la spécialisation des recherches en cours, en particulier concernant des populations spécifiques (femmes, mineurs…) ;
- la coordination de ce type de travaux à l’échelle européenne et internationale.

 

Le Master 2 remercie chaleureusement madame Pauline Charles pour cette présentation très complète et très intéressante de la thématique de la radicalisation en prison. Nous finirons cette article par la même citation, proposée par l’intervenante, qui a clos le café-débat : « Après avoir détruit le territoire de Daesh, le plus dur nous attend : détruire le territoire des idées » - Rachid Benzine, historien et islamologue.

 

 

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