Site de l'association du Master 2 Droit pénal et sciences criminelles parcours Criminologie de l'université Paris 2 Panthéon-Assas

Révoltez-vous. Par ces deux mots, Danielle Mérian résume le fond de sa pensée, et prône l'engagement par la révolte, credo de ses actes. Avocate honoraire, professeur jusqu'en 1967 à l'Université Assas et militante des droits de l'homme, Danielle Mérian a été, le 22 juin dernier, l'invitée de Révolte-toi Assas au Cercle national des armées. C’est sa curiosité qui à l’âge de 7 ans, l'a poussée à découvrir les photographies de son père, correspondant de guerre, prises dans les camps de concentration nazis. Si l'homme est un loup pour l'homme, elle n'en sera que plus convaincue avec les internements administratifs réalisés pendant la guerre d'Algérie et la pratique « internementale » française de purgation. Cette rencontre a été l’occasion de retracer son parcours professionnel et son engagement herculéen contre les mutilations génitales féminines.
En 1975, les Mérian sont devenus membres de l’ONG Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), créée par Edith de Tertre et Hélène Engel un an plus tôt. L’ONG s’engage dans la lutte contre la torture, l’abolition de la peine de mort et la défense du droit d’asile. Mais le combat de Danielle Mérian ne s’arrête pas là, puisqu’elle participera aux nombreuses manifestations dites du jeudi devant l’ambassade d’Argentine pour soutenir les Abuelas de Plaza de Mayo, ces grands-mères de la place de mai à Buenos Aires voulant retrouver les enfants volés par la dictature militaire.
Danielle Mérian s’est aussi engagée avec véhémence dans l’amélioration des conditions de détention, surtout en Afrique de l’Ouest avec l’organisation Prisonniers Sans Frontières (PRSF), tout en œuvrant auprès du collectif Trop, c’est trop. Avec le soutien de quelques artistes et au-delà de simples paroles, elle agit et explique aux passants de la place de l’Hôtel de Ville de Paris ce que représente les neuf mètres carrés tracée à la craie : une cellule de prisonnier avec trois lits, un lavabo et un WC.
Si Danielle Mérian est multi-engagée, la lutte contre l’excision est son cheval de bataille. Présidente de l’association SOS Africaines en danger, celle qui est la « voix des sans voix » encourage les femmes victimes de l’excision à parler, discuter, témoigner, se réparer. Une fois par mois, ces victimes participent aux groupes de paroles, ce qu’elle appelle les réunions de l’amitié. L’association les aide à lutter contre le mutisme pendant qu’une culture leur impose de se taire. SOS Africaines en danger permettra aussi au collectif Excision, parlons-en ! d’émerger : c’est ainsi que le colloque international organisé à Paris le 6 février 2014, a permis de rassembler plus de 350 professionnels et experts ainsi que trois ministres.
Si une prise de conscience s’amorce lentement, cette avocate honoraire soulève l’hypocrisie politique qui entache certains pays africains, dès lors qu’ils ont constitutionnalisé l’interdiction de l’excision et qu’ils sont parties à la convention internationale des droits de l’enfant des Nations-Unies. Malgré ce constat, Danielle Mérian est déterminée et lance le projet « school bus » au moyen d’une campagne de financement participatif. Il s’agit de permettre à des dispensaires mobiles de circuler dans dix pays d’Afrique et plus généralement, de conscientiser les populations sur les mutilations génitales féminines.
Les étudiants ayant pu assister à cette rencontre tiennent à la remercier personnellement pour son message de fraternité, d’audace et de persévérance dans les actions que l’on peut tous entreprendre. Nous tenons également à remercier les organisateurs Révolte-toi Assas pour cette rencontre plus que citoyenne.